Pas de texte gravé dans le marbre, pas de décret limitant une jupe à un rayon, un pantalon à un autre. Pourtant, la frontière entre vêtements dits masculins et féminins continue de s’imposer à coups d’étiquettes, de panneaux en magasin et de campagnes où la dualité règne. Certaines enseignes décident pourtant de bousculer ce jeu de rôles : elles proposent des collections qui refusent l’étiquette, des vestiaires où la question du genre s’efface. Des créateurs historiques affirment une vision unisexe, tandis que de jeunes marques, souvent portées par une génération plus libre, osent des styles hybrides, loin des conventions. Les consommateurs réclament plus de confort, d’inclusivité, de représentation. Le secteur de la mode n’a d’autre choix que de réinventer ses standards.
La mode non genrée : origines, définitions et différences avec l’unisexe
Oublier la case rose ou bleue, c’est le projet du vêtement non genré. Ici, rien n’est figé. On s’autorise à sortir du cadre, à chercher de nouveaux chemins pour s’exprimer. L’unisexe, lui, prône l’uniformité, alors que le non genré, c’est le terrain de jeu où chaque individu invente son propre code. Cette liberté s’invente au quotidien, parfois dans la simplicité d’un tissu ou d’une coupe inattendue.
Dans les grandes villes, certains stylistes s’inspirent de figures comme Judith Butler ou Roland Barthes. Ils déconstruisent les silhouettes habituelles, s’amusent avec les repères, réécrivent la grammaire de l’habit. Sur les podiums, et même dans des ateliers confidentiels, on évoque Georg Simmel, qui voyait déjà le vêtement comme un outil d’émancipation. Gucci s’engage dès la fin des années 2010, épaulé par des penseurs comme Damien Delille, à remodeler la scène. Peu à peu, la notion de catégorie s’estompe, la fluidité prend le dessus, la créativité s’installe durablement.
Pour situer clairement ces différentes approches, voici ce qui distingue chaque courant :
- Mode genrée : vêtements classés et identifiés selon le genre, segmentation nette.
- Unisexe : pièces voulues pour convenir à tous, mais souvent limitées à des coupes neutres, peu marquantes.
- Non genré : refus des règles vestimentaires liées au genre, liberté d’assembler selon son identité ou son humeur.
La France, longtemps attachée à ses repères binaires, accueille désormais une vague d’initiatives inédites. Le vêtement devient prise de position. Chacun peut redéfinir, déplacer ou affirmer son identité. La mode non genrée ne se contente plus de brouiller les frontières : elle invite à réinventer la norme, sans barrière imposée.
Pourquoi le vêtement reste un terrain d’expression et de stéréotypes ?
Avant même de déchiffrer les mots, on comprend ce qu’on attend selon que l’on porte une robe ou un pantalon. Ces vêtements incarnent à la fois des habitudes et des injonctions, chaque corps endossant un rôle social différent. S’habiller, c’est donc aussi composer avec des images ancrées. L’histoire regorge d’exemples : Marlene Dietrich en costume, Jane Birkin préférant le smoking, David Bowie brouillant les pistes et multipliant les audaces.
Depuis, la mode queer redessine le paysage. Dans la rue, la diversité saute aux yeux, mais les vieilles frontières sont parfois prêtes à resurgir. Les stéréotypes persistent, même quand la promesse d’égalité flotte sur l’étiquette. Tailleur, jupe, costume : chaque pièce traîne son lot de préjugés, parfois bien enracinés derrière une façade de neutralité.
Choisir une tenue, c’est tisser son identité, mais aussi se confronter, ou non, à la norme collective. Les grandes maisons, à l’image de Jean-Paul Gaultier ou d’autres acteurs majeurs, jonglent avec les stéréotypes : certains les chahutent, d’autres les utilisent comme décor. Les sciences sociales l’affirment : la tenue portée devient déclaration, entre affirmation de soi et héritage partagé. Le vêtement, reflet direct d’une société en quête d’émancipation et de certitudes.
Conseils pratiques et marques inspirantes pour explorer un style non-binaire au quotidien
Adopter un style non-binaire commence par un regard neuf : observer la façon dont une étoffe se drape, deviner la silhouette qu’elle dessine. Les teintes sobres offrent une base solide, mais rien n’empêche d’y injecter des motifs éclatants ou des superpositions inattendues. Une chemise ample, un blazer structuré, un pantalon à pinces : en les combinant différemment, tout s’ouvre. Les accessoires jouent un rôle clé : chaussures affirmées, bijoux minimalistes, sacs graphiques, autant de façons de créer un langage personnel, loin des clichés.
Des créateurs montrent la voie. À Paris, Jeanne Friot ou d’autres maisons internationales lancent des collections libérées des catégories de genre. Sur Internet, de grands distributeurs mettent en avant des sélections “genderless”, et certains magasins consacrent des rayons spécifiques à la mode non-genrée. La seconde main, quant à elle, permet de trouver des pièces uniques et de renouveler sa garde-robe sans contrainte.
Pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin, voici quelques pistes concrètes pour expérimenter et affirmer son style :
- Mixer matières fluides et coupes structurées pour surprendre et détourner les codes d’un simple regard.
- Opter pour des pièces ajustées mais toujours confortables, afin de préserver toute liberté de mouvement.
- Assembler des vêtements traditionnellement associés à un genre, sans se poser la question de leur “place” ou de leur “rôle”.
Aucune recette toute faite, chaque tenue se réinvente au fil des jours, portée par l’énergie, la personnalité, l’envie d’oser ou de se montrer discret. La mode non-binaire se vit sans permission ni justification. Demain, tout peut changer, une silhouette, une couleur, une façon d’être, et c’est bien là toute sa force.


